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Comprendre l'estime de soi : définition, formes et nuances essentielles

Cet article vous propose une lecture à la fois accessible et rigoureuse : des éclaircissements sans jargon inutile, mais qui s'appuient sur les travaux des plus grands chercheurs en psychologie.

Qu'est-ce que l'estime de soi, exactement ?

L'estime de soi, c'est le jugement qu'une personne porte sur elle-même : une sorte d'évaluation, de note ou de bilan qu'on s'attribue. Elle reflète l'importance que l'on s'accorde en tant que personne. Pas notre valeur réelle, mais celle qu'on se reconnaît à soi-même. C'est, en un mot, la réponse intérieure à cette question fondamentale : Est-ce que je vaux quelque chose ?

Cette conception, qui fait aujourd'hui figure de référence en psychologie sociale, a été rigoureusement formalisée par le psychologue Morris Rosenberg en 1965 dans son ouvrage Society and the Adolescent Self-Image. C'est lui qui ancre définitivement l'estime de soi dans cette notion d'évaluation, ou de jugement de valeur.

Cependant, il est important de préciser qu'il n'est ni le seul, ni le premier à définir l'estime de soi. Près de 75 ans plus tôt, en 1890, William James fut le premier psychologue à formuler une définition de l'estime de soi. Pour lui, celle-ci correspond au rapport entre nos succès et nos prétentions (nos ambitions).

Autrement dit, quelqu'un qui aspire à peu et réussit dans ce cadre peut avoir une haute estime de lui-même, tandis qu'une personne à succès qui se compare constamment aux plus grands peut souffrir d'une faible estime de soi.

Bien que ces deux définitions semblent éloignées, elles ne sont pas contradictoires, mais complémentaires. La définition de William James met en réalité l'accent sur l'un des mécanismes de formation de l'estime de soi (le processus de comparaison entre nos idéaux et nos réalisations), alors que celle de Rosenberg en décrit le résultat (le jugement global que l'on porte sur sa propre valeur).

Pour approfondir ces mécanismes de formation, nous vous invitons à consulter notre article dédié à la construction et au maintien de l'estime de soi.

Quelle est la différence entre estime, confiance, image et amour de soi ?

Si la définition de l'estime de soi est désormais claire, elle est souvent confondue, dans le langage courant, avec d'autres notions proches. Pourtant, chacune renvoie à une expérience psychologique différente :

✦ La confiance en soi porte sur ce qu'on est capable de faire. C'est une croyance en ses compétences et ses capacités d'action.

✦ L'image de soi renvoie à la façon dont on se perçoit et dont on croit être perçu par les autres (physique, traits de caractère, statut social).

✦ L'amour de soi est la bienveillance inconditionnelle qu'on s'accorde, indépendamment de nos réussites ou de nos échecs. C'est s'aimer et s'accepter soi-même, même imparfait.

✦ L'estime de soi, comme nous l'avons vu, se situe sur un autre terrain : celui de la valeur qu'on s'attribue en tant que personne.

Ces quatre notions s'entremêlent au quotidien, au point qu'il est parfois difficile de les distinguer dans le vécu. Pour approfondir chacune d'entre elles et comprendre comment elles interagissent, consultez notre article dédié à la différence entre estime, confiance, image et amour de soi.

Quelle est la différence entre l’estime globale et l’estime spécifique ?

La valeur qu'on s'attribue ne s'applique pas forcément à toute notre personne de la même façon. Elle peut être globale, ou se loger dans des domaines bien précis de notre vie, comme le travail ou les relations. C'est précisément cette nuance qui distingue l'estime de soi globale de l'estime de soi spécifique.

L'estime de soi globale est le jugement qu'on porte sur sa valeur fondamentale en tant qu'être humain. Elle répond à une question simple : ai-je le droit d'exister, de compter, d'être respecté, au même titre que n'importe qui d'autre ?

L'estime de soi spécifique, quant à elle, concerne le jugement qu'on porte sur ses compétences, ses qualités ou ses résultats dans un domaine précis. Elle répond à des questions comme : suis-je compétent, doué, à l'aise dans ce domaine précis ?

Ces deux niveaux ne se confondent pas : on peut très bien se reconnaître peu doué en mathématiques, moins compétent qu'un collègue dans un métier, ou en retrait sur un plan social, sans que cela touche à sa valeur fondamentale en tant que personne.

Que signifient haute, basse, solide, fragile, bonne et mauvaise estime de soi ?

Ces mots semblent souvent interchangeables quand on parle d'estime de soi. Pourtant, les travaux de Morris Rosenberg (Society and the Adolescent Self-Image, 1965), de Michael Kernis (The Roles of Stability and Level of Self-Esteem in Psychological Functioning, 1993), et de Roy Baumeister (Relation of Threatened Egotism to Violence and Aggression: The Dark Side of High Self-Esteem, 1996), permettent de distinguer trois aspects bien différents. Voici ce qui les distingue.

○ Ce que signifient haute et basse estime

Haute et basse désignent le niveau du jugement que l'on porte sur soi-même. Lorsque le jugement est favorable, on parle d'une estime de soi forte, haute ou positive. En revanche, lorsque l'opinion est défavorable, il s'agit d'une estime basse, faible ou négative.

○ Ce que signifient estime solide et estime fragile

Par nature, l'estime de soi varie : c'est un jugement, et un jugement évolue avec ce qu'on vit. Mais cette variation prend une forme différente selon qu'il existe, ou non, un socle sur lequel elle s'appuie : c'est ce qui distingue une estime fragile d'une estime solide.

Une estime fragile est une estime qui n'a pas de socle : elle se construit et se reconstruit au gré des événements, qu'ils soient positifs ou négatifs. Sans rien sur quoi s'ancrer, chaque réussite ou chaque échec résonne pleinement, sans filtre ni amortisseur. Une personne peut ainsi se sentir totalement valable après un succès, puis totalement remise en question après un revers, sans qu'aucun des deux jugements tienne durablement.

Une estime solide, à l'inverse, est ancrée. Cela ne veut pas dire qu'elle ne varie pas : un événement marquant peut toujours l'affecter. Mais cette variation reste contenue, parce qu'elle s'appuie sur un socle qui ne se remet pas en cause à chaque événement. Les hauts et les bas existent, mais ils restent des variations autour d'un point d'équilibre, plutôt que des renversements complets.

○ Ce que signifient bonne et mauvaise estime

Ce qui distingue un bon d'un mauvais jugement (ou estime), c'est sa justesse. Voici comment cela se manifeste, selon le plan concerné.

Sur le plan spécifique

Une mauvaise estime de soi est une estime déformée. Qu'il s'agisse d'un jugement positif ou négatif, dès lors que ce jugement ne correspond pas à la réalité de la personne, il s'agit d'une mauvaise estime.

À l'inverse, une bonne estime de soi est une estime fondée, juste. Là encore, qu'elle soit positive ou négative, ce qui la rend bonne, c'est qu'elle correspond fidèlement à la réalité, ou s'en rapproche.

Sur le plan global

Une bonne estime de soi est nécessairement positive et inconditionnelle : c'est une valeur qui ne se mesure pas, ne se compare pas, et ne dépend ni de la richesse, ni du statut, ni des réussites, ni des échecs. Un sans-abri et un milliardaire partagent, à ce niveau, exactement la même valeur. Contrairement au plan spécifique, le négatif n'y a donc pas sa place : dès qu'un jugement global est négatif, ou bas, il s'agit déjà d'une mauvaise estime de soi.

Cette absence de comparaison possible au niveau global permet aussi de mieux cerner certaines déformations qui lui sont propres. L'arrogance, l'orgueil, la condescendance ou le complexe de supériorité ne sont en aucun cas des marques de bonne estime de soi. Le complexe d'infériorité non plus.

Toutes ces attitudes consistent à hiérarchiser sa valeur globale par rapport à celle des autres. Elles reviennent à se croire supérieur ou inférieur en tant que personne, alors qu'aucune hiérarchie de ce type n'existe au niveau global. Ce sont donc, elles aussi, des formes de mauvaise estime : elles déforment la réalité, dans un sens ou dans l'autre.

Conclusion

Distinguer le niveau, la stabilité et la justesse de l'estime de soi n'est pas un simple exercice de vocabulaire. C'est un changement de regard. Cela permet de comprendre que renforcer son estime de soi ne consiste pas à chercher coûte que coûte à la rendre haute. Une estime haute mais fragile s'effondre au premier revers ; une estime haute mais déformée est une illusion qui ne mène qu'à des comportements problématiques : agressivité en cas de contradiction, manque d'empathie, surinvestissement narcissique.

L'objectif n'est donc pas la hauteur, mais l'équilibre : une estime globale positive et inconditionnelle, associée à des estimes spécifiques qui soient à la fois justes (fidèles à la réalité) et solides (qui ne varie pas au gré du dernier succès ou du dernier échec).

Une personne dotée d'une estime équilibrée et saine reconnaît ses forces sans se mentir sur ses limites. Elle accueille une critique constructive sans s'effondrer, parce qu'elle ne confond pas « j'ai fait une erreur » avec « je suis une erreur ». Elle n'a pas besoin d'être la meilleure pour se sentir valable : elle intègre les réalités inconfortables sans les fuir, et ne voit pas dans une remise en question une menace existentielle.

Dans les domaines sans intérêt, elle accepte sereinement ses limites sans s'y attarder.

Et, pour les domaines importants (son travail par exemple) où l'on est factuellement en difficulté, elle reconnaît la réalité sans la nier, mais sans confondre cette difficulté spécifique avec une dévalorisation globale de sa personne. L'estime spécifique reste basse et juste, et elle peut même générer des inquiétudes légitimes (peur du licenciement, frustration). Mais si le socle global tient, ces inquiétudes restent des problèmes à résoudre, et non des preuves qu'on est une personne sans valeur. L'équilibre, c'est de pouvoir se dire : « Je suis en difficulté dans ce domaine crucial, je dois m'améliorer ou changer de voie, mais je reste quelqu'un de valable. »

C'est précisément sur la manière de cultiver cet équilibre au quotidien que nous vous proposons d'aller plus loin dans notre article dédié à la valorisation de ses expériences : un levier essentiel pour renforcer son estime de soi.